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« Observer le Warp revient à plonger le regard dans les abysses. Pour comprendre la folie, il faut devenir fou soi-même. Le pire, c’est la conscience que tandis que vous êtes en train de l’observer, le Warp vous renvoie ce regard et vous rit au nez. »

– Kartr Hollis, Ă©missaire de la Nobilite

Sans le gène du navigator et ceux qui en sont porteurs, il n’y aurait tout simplement pas d’Imperium de l’Humanité. Dans le meilleur des cas, le contrôle stellaire de l’homme se limiterait aux planètes qui pourraient exister en autarcie et à quelques minables empires éparpillés. Les contacts avec les autres mondes seraient presque inexistants, car les voyages entre les systèmes stellaires qui ne sont pas voisins seraient trop lourds et dangereux pour être viables. Sans navigator, les vaisseaux sont limités aux sauts dans le Warp de quelques années-lumière à la fois. La calibration exacte doit en outre être assurée par de grosses banques de cogitateurs car la moindre erreur peut avoir des

conséquences fatales pour le vaisseau et chacun de ses occupants. Sans navigator, traverser le plus petit des trous interstellaires sans disposer de cartes aussi anciennes que détaillées est considéré comme un acte imprudent par la plupart des voyageurs du vide et suicidaire par ceux qui comprennent véritablement les horreurs qui se tapissent au-delà de l’univers matériel.

Le navigator est forcément le rejeton de l’un des grands clans de navigators. On dit que ces lignées seraient plus anciennes encore que l’Imperium, certains allant jusqu’à affirmer qu’elles seraient la création directe de l’Empereur-Dieu alors qu’il évoluait sous forme mortelle. Au fil des millénaires, elles ont accumulé une puissance et une influence prodigieuses, l’Imperium ayant beaucoup compté sur elles. Elles se retrouvent du même fait enfermées dans les conventions et la tradition. Un navigator ne manque de rien, mais il est souvent en réalité l’esclave de son propre statut. Grâce à son œil du Warp, il parvient à perce le voile entre le Materium et l’Immaterium, entre la réalité et les royaumes cauchemardesques qui s’étendent au-delà. Capable de percevoir les contours changeants du Warp et ses courants impossibles, il peut guider un vaisseau en se fiant à sa compétence et à l’aide incommensurable de la lumière de l’Astronomican, ce phare forgé par l’Empereur qui brûle les âmes et brille sur toute la galaxie depuis l’ancienne Terra. La vie d’un navigator est faite de devoir et de service envers son clan, ce qui convient à la plupart car ils ne se sentent jamais vivre autant que lorsqu’ils sont installés dans leur sanctuaire de navigation pour scruter les profondeurs tourbillonnantes et démentes de l’Immaterium, opposant leur volonté et leur ruse aux tempêtes d’énergie et de pensée dévorantes qui se cachent derrière toutes les choses que les autres considèrent comme réelles. Chaque navigator perçoit le Warp d’une manière totalement subjective, comme un reflet de sa propre nature, car même eux ne peuvent espérer observer les abysses sous leur véritable forme sans voir leur esprit et leur âme anéantis. Certains voient

la dimension comme un parcours à travers une forêt dévastée par l’orage et savent que s’écarter du sentier revient à se livrer aux horreurs qui s’y tapissent. Pour d’autres, le Warp apparaît comme une mer démontée, un désert englouti par une tempête de sable ou une cité nocturne toujours changeante, entre autres possibilités qui se comptent par millions. Quand un navigator gagne en expérience et en puissance, l’abstraction s’efface progressivement et il devient capable d’ob-

server le véritable Warp au travers d’un état polarisé ; son troisième œil filtre alors l’horreur. Mais même pour ceux que la génétique a conçus pour endurer les terreurs du Warp, il reste un prix à payer. Les navigators qui ont servi le plus longtemps sont souvent marqués par des incapacités physiques, une folie naissante, voire des mutations, et ils deviennent les prisonniers virtuels de la technologie lourde qui les fait subsister dans leur sanctuaire. À l’inverse, ceux qui viennent de répondre à l’appel profitent de leur statut et de leur opulence, et se conduisent comme des canailles qui se fichent bien des soucis et réalités triviales de l’existence en l’Imperium, tout en restant bien conscients que ce mode de vie ne durera pas éternellement. Ceux qui adoptent cette attitude désinvolte et presque nihiliste sont facilement attirés par les vaisseaux de libres-marchands et partent pour les ténèbres comme s’ils fuyaient le sort inévitable qui sera un jour le leur. D’autres doivent leur service périlleux à quelque crime secret ou écart de conduite commis parmi les leurs ou par leur lien avec une lignée mal famée (certains diront corrompue). Quelles que soient ses particularités, le navigator est un élément essentiel d’un vaisseau libre-marchand et il jouit d’une grande liberté d’action, car tout vaisseau, sans exception, qui perd son navigator au-delà des limites est assurément perdu de même que l’ensemble de son équipage.